Tennessee Williams, encore et toujours…

Il ne se passe pas une année sans que A Streetcar Named Desire ne soit jouée quelque part dans le monde. Après avoir été présentée au Young Vic de Londres en 2014, la pièce a été représentée, une fois encore, au printemps dernier à New York, au St Ann’s Warehouse de Brooklyn dans une mise ne scène de Benedict Andrews, avec Gillian Anderson dans le rôle de Blanche, Ben Foster dans celui de Stanley et Vanessa Kirby dans celui de Stella.

La pièce se déroule au XXIe siècle, il s’agit d’une métamorphose radicale de celle-ci. Le cadre sordide de La Nouvelle Orléans est gommé, les acteurs évoluent dans un appartement de style contemporain : design blanc éclatant, sur un plateau tournant. Cette scène pivotante permet aux personnages de se jauger, de s’affronter. Blanche possède tout un arsenal d’armes personnelles qui lui permettent de se battre bien qu’elle soit, dès le début de la pièce, condamnée à échouer, car sa conduite est une conduite d’échec. Elle semble combattre le sexisme avant la lettre à une époque où la société fait grand cas de la jeunesse et de l’attractivité physique, de la séduction. Blanche, néanmoins, se positionne comme un objet de désir masculin et sait jouer de la séduction avec Mitch, avec le livreur, et même avec Stanley. Elle rivalise ainsi avec sa sœur : tactique complotiste mise en évidence. La rotation du plateau permet de mieux comprendre l’ambiguïté des personnages, les liens qui les unissent, leurs forces et leurs faiblesses respectives : Blanche, la femme complexe, Stanley, l’homme blessant et blessé, agresseur et agressé, séducteur et séduisant. On oublie Marlon Brando, le personnage est moins physique, son orgueil meurtri est davantage mis en relief. Il est explosif et combatif, il s’agit là d’une pièce guerrière où la violence est exacerbée.

(St Ann’s Wharehouse, avril-juin 2016)

Voir une vidéo en cliquant ici.

***

De ce côté –ci de l’Atlantique, The Glass Menagerie, après avoir été jouée à Amiens, puis à Rennes, a occupé la scène du Théâtre national de la Colline à Paris. Cette Ménagerie est mise en scène par Daniel Jeanneteau avec Dominique Raymond dans le rôle d’Amanda, Solène Arbel dans celui de Laura, Olivier Werner dans celui de Tom et Pierre Plathier dans celui de Jim.

La pièce se déroule sur un plateau entouré de voilages, le sol est un doux tapis blanc à longs poils sur lequel évoluent, pieds nus, les personnages emprisonnés à l’intérieur de ce carré, dans un huis-clos familial. On a du mal à distinguer les traits des personnages. Tout est flou et semble lointain, les rideaux isolent les acteurs des spectateurs, ceux-ci sont mis à distance et deviennent voyeurs. Ils espèrent, en vain, une ouverture prochaine de ces rideaux transparents, parfois écartés, mais ceux-ci ne seront jamais ouverts. Le public n’est jamais admis. Le regard fatigue, puis vient l’agacement. Le plateau semble éloigné et inatteignable, il nous faudrait, cependant, pénétrer au cœur d’une bulle familiale qui va exploser.

Décor minimaliste, lisse. Spectacle éthéré, sans vie, qui emprunte au code du théâtre japonais. Il s’agit de la mise en scène crée en 2011 avec une troupe nipponne. Ensemble souvent figé. Le spectacle conçu pour un public japonais est simplement importé. Il est ainsi proposé à un public français, avec, pour seul changement, des acteurs français qui portent magnifiquement la pièce. Environnement feutré et fragile, maison japonaise, monde flottant et flou, les bibelots symboliques qui donnent leur importance à la pièce sont discrètement installés. La ménagerie de verre posée à l’avant-scène est bien transparente, le spectateur scrute la scène pour la trouver. L’arrivée de Jim « le galant » réveille enfin la pièce. Le sensible et l’émotion apportent alors tout leur sel à la pièce. Les personnages sont humains, attachants. « La vérité » nous est bien présentée « sous l’apparence plaisante de l’illusion », comme l’évoque le narrateur-personnage Tom… Williams, mais la pièce a perdu sa dimension tragique.

(Théâtre national de La Colline, avril-juin 2016)

Un extrait en cliquant ici.

                                                                                           Brigitte Gabbaï

 

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